Champignons adaptogènes et ashwagandha : ce que chacun tient dans une routine

6 min de lecture Mis à jour le 16 octobre 2026
Une racine séchée d'ashwagandha et un morceau de reishi posés côte à côte sur une paillasse

Les comparatifs qui mettent le reishi face à l’ashwagandha finissent presque tous sur le même conseil de prise : l’ashwagandha le matin quand le stress épuise, le soir quand il empêche de dormir. Le créneau change donc avec le symptôme du lecteur, jamais avec la plante. L’Anses, elle, range l’effet sédatif de l’ashwagandha parmi ceux qui ressortent des essais cliniques, et déconseille d’en prendre avant de conduire ou d’utiliser une machine.

On peut prendre les deux. Ils ne se disputent rien, ils ne se remplacent pas non plus, et ils ne se règlent surtout pas de la même façon. Un champignon adaptogène est un carpophore dont la fraction active passe à l’eau chaude : son créneau se choisit librement, selon ce qu’on lui demande. L’ashwagandha est une racine de Solanacée titrée en withanolides, qui porte en France une liste de personnes à qui l’Anses recommande de s’abstenir. Le champignon, on le déplace dans la journée sans y penser. L’ashwagandha, non. Un créneau, choisi une fois, plutôt le soir.

Une racine et un carpophore, pas deux champignons

Withania somnifera appartient aux Solanaceae, la famille de la tomate, de la pomme de terre et de l’aubergine. Son surnom de ginseng indien n’aide personne : ce n’est ni un ginseng ni un champignon. Le reishi, le chaga, le cordyceps et la crinière de lion relèvent d’un autre règne du vivant. La distance se lit dans les molécules.

Côté ashwagandha, les composés étudiés sont les withanolides, des lactones stéroïdiques bâties sur un squelette à 28 carbones. Plus de cent trente ont été décrites dans cette classe, dont plus de soixante-dix isolées de Withania somnifera elle-même ; les organes les plus riches sont les feuilles et les racines. Côté champignon, on parle de bêta-glucanes, des polysaccharides de paroi cellulaire, auxquels s’ajoutent les triterpènes chez le reishi. Aucune de ces deux familles ne se retrouve chez l’autre. Il n’y a donc rien à additionner, et un produit qui annonce une synergie entre les deux ne s’appuie sur aucune molécule commune.

Le vocabulaire commercial brouille encore la piste, en rangeant sous « adaptogènes » une racine ayurvédique et six espèces fongiques. Pour démêler ce qui est quoi sur une étiquette, les noms latins des espèces vendues en France tranchent plus vite que les noms de marque.

Ce que les étiquettes titrent, des deux côtés

L’ashwagandha se vend surtout sous des extraits brevetés, et chacun titre autre chose.

ExtraitPartie de planteTitre annoncéPrise courante
KSM-66racine seule5 % de withanolides au moins300 à 600 mg
Sensorilracine et feuille10 % de withanolides au moins125 à 250 mg
Shodenracine et feuille35 % de glycosides de withanolides60 à 120 mg

Les milligrammes de la dernière colonne varient d’un facteur dix pour la même plante, et c’est le titre qui l’explique. Un nombre de milligrammes seul ne veut donc rien dire tant qu’on ignore le titre et la partie de plante employée.

Cette partie de plante n’est pas un détail de botaniste. L’Anses relève dans la littérature des cas d’adultération : des compléments censés contenir de la racine renfermaient des feuilles de la même plante, plus riches en alcaloïdes, ou d’autres plantes encore. Elle note aussi que les fabricants renseignent très rarement la dose journalière en lactones stéroïdiques et en alcaloïdes apportée par leurs produits.

Côté champignon, le défaut est ailleurs. Beaucoup d’extraits affichent un taux de polysaccharides, souvent 30 % ou plus. Le mot désigne une famille entière : le dosage ramasse au passage les alpha-glucanes, c’est-à-dire l’amidon du grain sur lequel le mycélium a poussé. Le chiffre qui engage un fabricant, c’est le taux de bêta-glucanes. Quand un extrait de reishi annonce en plus un pourcentage de triterpènes, ce que recouvre exactement ce pourcentage mérite un détour.

Le créneau du champignon se choisit, celui de l’ashwagandha se subit

Pour un champignon, l’heure suit l’objectif. Le reishi va au soir parce que c’est là qu’on cherche son effet ; le cordyceps se place avant l’effort ; la crinière de lion se prend le matin, avec ou sans repas. Rien dans ces produits n’impose une heure, et déplacer la prise d’une demi-journée ne change que le moment où l’on en attend quelque chose.

L’ashwagandha n’offre pas cette latitude. Sur la foi des somnolences observées en essai clinique, le groupe de travail Plantes de l’Anses en déconseille l’usage en cas de conduite de véhicule ou d’utilisation de machines, ainsi qu’en association avec des substances à action dépressive du système nerveux central. Un extrait titré à 10 % avalé à huit heures avant deux cents kilomètres d’autoroute n’est pas le même produit qu’à vingt-deux heures. Les comparatifs qui proposent le matin ne posent jamais la question.

Répartir les deux sur une journée sans les empiler

Une seule règle vaut la peine d’être tenue : ne pas démarrer les deux la même semaine. Un inconfort digestif, une somnolence de fin de matinée, plus rien ne s’attribue dès que deux nouveautés sont entrées ensemble. On en installe une, on la tient deux ou trois semaines, puis on ajoute l’autre.

L’Anses va dans le même sens à propos des compléments en général : examiner avec un professionnel de santé la pertinence d’en consommer, et éviter la prise simultanée de plusieurs d’entre eux. Les formules toutes prêtes qui logent le reishi et l’ashwagandha dans la même gélule suppriment justement cette possibilité de séparer, et elles annoncent rarement un titre d’un côté comme de l’autre. Entre espèces fongiques, les associations de champignons obéissent à une autre logique : là au moins, les molécules sortent de la même famille.

Ce que l’avis de l’Anses du 19 avril 2024 a changé

L’agence a été saisie par la DGCCRF le 22 avril 2021, après huit signalements d’effets indésirables remontés par le dispositif de nutrivigilance depuis 2009. Trois ans plus tard, son avis sur les préparations de Withania somnifera conclut qu’aucun niveau de consommation sans risque ne peut être défini, faute d’extraits suffisamment caractérisés dans les études disponibles.

Elle recommande de s’abstenir aux personnes atteintes de pathologies thyroïdiennes, hépatiques ou cardiaques, à celles présentant une hyperandrogénie, aux femmes enceintes et aux personnes sous traitement sédatif ou dépresseur du système nerveux central. Par précaution, la même recommandation vaut pour les femmes allaitantes et les moins de dix-huit ans. Les racines de la plante sont inscrites à la liste B de la Pharmacopée française, celle des plantes dont les effets indésirables potentiels dépassent le bénéfice thérapeutique attendu.

Rien de tout cela n’est une interdiction. Withania somnifera reste sur la liste consolidée des plantes utilisables en complément alimentaire publiée par la DGCCRF en janvier 2019, sans restriction particulière, alors que le Danemark et l’Allemagne en déconseillent l’emploi et que la Pologne plafonne la dose de racine. Un autre écart sépare les deux rayons : l’ashwagandha n’est pas un nouvel aliment, toutes parties de plante confondues, quand plusieurs champignons vendus à côté le sont, et ce statut décide de ce qu’on a le droit de vendre bien plus sûrement qu’une étiquette.

Ce que personne n’a mesuré, c’est justement la paire

Les travaux publiés portent sur l’ashwagandha seul, ou sur une espèce fongique seule. L’association des deux n’a pas fait l’objet d’un essai clinique, et le raisonnement qui la justifie tient à une addition faite après coup : deux littératures qu’on empile alors qu’aucune n’a inclus l’autre. La prudence sur les interactions médicamenteuses, que l’Anses juge encore mal caractérisée pour la seule Withania somnifera, ne se laisse pas extrapoler à un mélange.

Alors tenez un carnet. Le nom exact de l’extrait, son titre, la dose en milligrammes, l’heure de prise, la date de départ. C’est la première chose qu’un médecin demandera si quelque chose cloche, et c’est aussi ce qui permet de savoir, trois mois plus tard, lequel des deux valait son prix.

Rédigé par l'équipe Rituel

Passionnés de bien-être et de mycologie, nous testons et documentons les champignons adaptogènes pour vous aider à faire les meilleurs choix pour votre santé.

Articles connexes

Rejoignez le rituel.

Chaque dimanche, recevez une nouvelle recette, un comparatif de marque et un guide de saison pour votre santé mycologique.

Pas de spam. Juste de la nature. Désinscription en un clic.